"Le singe noir" de Zakhar Prilepine

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Ce qu’en dit l’éditeur : 

Le jeune narrateur du Singe noir – le singe noir désignant un jouet d’enfant –, journaliste et écrivain moscovite, est envoyé enquêter sur un laboratoire ultrasecret où un professeur “s’occupe” d’enfants meurtriers. “Savez-vous que, dans la Chine antique, certains empereurs confiaient aux enfants le soin de torturer… Car les enfants ne connaissent pas les catégories du bien et du mal.”

Le narrateur est à un moment de sa vie où tout bascule. L’atmosphère à son travail est de plus en plus pesante ; père d’enfants en bas âge, une fille et un garçon, sa vie conjugale est un naufrage ; sa maîtresse, genre obsédée sexuelle, le trompe effrontément ; enfin il tourne autour d’une prostituée qui tapine aux abords de la place des Trois-Gares, quartier de Moscou on ne peut plus mal famé.

On comprend alors qu’il se lance à corps perdu dans cette dangereuse enquête qui le conduit sur les lieux du massacre, perpétré par des jeunes, de tous les habitants d’un immeuble. Une barbarie qui lui rappelle celle des bandes d’enfants, au Moyen Âge, et aujourd’hui, des enfants-soldats d’Afrique. Mais tout cela est-il bien réel ? Approcher de si près des secrets d’État fait-il perdre la raison ou, pour finir, toute cette histoire n’est-elle que le fruit de l’imagination malade du narrateur ? Reste un trouble profond : si même les enfants que l’on croyait innocents sont habités par le Mal, où va le monde ? “L’enfant est tout”, disait Mitia Karamazov, à quoi quelqu’un ajoutait que l’humanité tout entière est comme un enfant qui aurait oublié son enfance. Alors ?

Mon avis : 

« Le singe noir » est comme une poupée russe, mais dont jamais on ne parvient à extirper la dernière petite poupée, celle sensée recéler le fin mot de l’affaire. Et cette affaire, ce meurtre collectif de l’ensemble d’un immeuble par une horde d’enfants, est de celle qui ne laisse pas indifférent, qui laisse monter un goût de bile dans la bouche dont, curieusement, on ne parvient pas à se débarrasser… La plus petite poupée n’existe pas, car quels concepts utiliser pour parvenir à penser l’impensable ? Car, bien au delà du basculement progressif de notre narrateur dans la folie, en définitive bien conventionnel, et qui n’est pas la part la plus intéressante de ce roman, il reste une fois le livre refermé la question de ces enfants meurtriers, de tous les enfants, ces chers petits anges, selon notre culture judéo-chrétienne, qui se sont révélés au fil de l’histoire être des assassins sans pitié, sans morale, capables d’accomplir les pires tortures sur leur prochain, sans remords, comme un jeu…

C’est là où le roman de Zakhar Prilepine prend toute son importance, en mettant au grand jour ce sujet éternellement tabou, de la cruauté dont sont capables nos joyeux bambins. Au travers des bandes d’enfants, qui prenaient les citadelles les plus inattaquables par la seule force du nombre au moyen-âge, aux enfants-soldats d’Afrique, nous nous retrouvons confrontés aux exactions de notre sauvagerie la plus profonde, à une humanité haute comme trois pommes que plus aucune prescription morale n’entrave ou n’aura jamais entravé : notre nature profonde en tant qu’animal social ?  Mais finalement, cette cruauté serait-elle la véritable nature de l’homme, à l’instar de ce que Hobbes déclarait au XVII ème siècle ? Pourtant, l’Homme est le seul animal à ce jour à s’entre-tuer ainsi, juste pour le plaisir…

Ce cinquième roman de Zakhar Prilepine est ainsi une critique cinglante de nos sociétés humaines, de leur cruauté, engendrant ainsi des monstres là où nous étions en droit d’attendre ceux qui, demain, deviendraient dépositaires de notre monde. Comment vivre, ainsi, dans ces sociétés qui ne parviennent plus à protéger et éduquer leurs propres enfants ? Et quel avenir ces mêmes enfants seront-ils en mesure de proposer à notre humanité ?

C’est un roman cruel, glaçant (le récit de l’enfant-soldat me donne encore des frissons…), même si inégal. Un jeune auteur russe à découvrir.

Editions Actes Sud

Roman disponible au format ebook

2 commentaires sur “"Le singe noir" de Zakhar Prilepine

  1. Un livre de plus dans ma PAL ! (Merci)

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